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Publié par slauro

Sylviane LAURO : Vous évoquez, dans un bref paragraphe, le harcèlement et la prémonition (en termes d’hypersensibilité prédictive). Pourriez-vous nous en dire un peu plus ?

Ariane BILHERAN :
Je ne peux pas en dire beaucoup plus car je n’en sais pas beaucoup plus. Ce que je constate, et c’est aussi ce que le Dr Françoise Sironi a constaté dans ses travaux sur la torture, c’est que les personnes gravement victimes d’attaques réitérées à leur intégrité psychique et physique développent d’autres potentialités, et une hypersensibilité à leur environnement qui leur font détecter et prévoir ce que d’autres ne sont pas capables voir. Ce que je crois aussi, c’est que notre connaissance du fonctionnement psychique est très minime, alors que la psychologie est devenue parfois une forme de « savoir absolu », avec ses dogmes et ses normes. L’on invoque par exemple la rationalité, alors qu’on la nie souvent car en la réduisant à la seule logique. C’est dommage, il y aurait humblement beaucoup de pistes à explorer pour le champ scientifique au travers de ces observations des mystères du psychisme humain, et de cette dimension prémonitoire, parfois. Mais notre plus grand mal de société, à mon sens, c’est la rigidité, la norme, le bien-penser (qui signifie surtout ne plus du tout penser !) donc ce n’est pas le moment de parler de cette profondeur du psychisme. Plus tard, peut-être…

Sylviane LAURO : La pensée à retenir finalement pour terminer cette interview, n’est-elle pas pour reprendre votre expression « qu’aucun travail et aucune vie ne justifie que l’on sacrifie sa santé ? »

Ariane BILHERAN :
Parfaitement. C’est aussi la devise des humanistes : « mens sana in corpore sano ». Nous devons aspirer à un esprit sain dans un corps sain, c’est-à-dire à un équilibre qui nous invite à l’harmonie avec soi et le monde. Ce n’est pas grave si l’on n’y arrive pas. L’on n’y arrivera d’ailleurs peut-être presque jamais. Mais l’essentiel est d’y aspirer. Nous devons nous sentir responsables de nous bien sûr, de notre équilibre interne, mais également de celui des autres. En cela, la philosophie pour nous aider à penser, et la psychanalyse pour apprendre à se connaître un peu, sont des joyaux inestimables.

Source : Ariane BILHERAN "Harcèlement, famille, institution, entreprise"

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