Risques psychosociaux : est-on sorti du déni ?
Inutile de se voiler la face : le déni favorise encore et toujours l'installation et le maintien du harcèlement moral sur le lieu du travail. Tant qu'un travail en amont de prévention ne sera pas effectué sur ce phénomène encore trop pernicieux, les RPS auront de beaux jours devant eux. Classé bien souvent par les spécialistes dans "les mécanismes de défense" (chez la victime, les témoins ou comme chez la personne qui harcèle d'ailleurs), cela peut prendre diverses formes : l'oubli par exemple ("on ne se souvient plus exactement de ce qui s'est passé"), la banalisation ("ce n'est pas si grave" !), l'idéalisation ("on idéalise tellement la personne que l'on cautionne ses actes et paroles") etc...
Mais le déni en soi a une définition bien plus complexe encore : il existe tout d'abord le déni de la loi (qui va conférer une véritable omnipotence au harceleur), le déni de la réalité (chez un manager : "le harcèlement ça n'existe pas dans mon entreprise") ou de la responsabilité ("ce n'est pas moi c'est l'autre" ou "ce n'est pas moi, ce sont les autres") , le déni d'idéalisation ("ce n'est pas si grave, tout va finir par s'arranger"), le déni méfiant ("si cette personne est harcelée, c'est qu'elle l'a bien cherché !"), et enfin le déni collectif qui va venir conclure la mort psychique de la victime en inculquant l'idée de masse que la vérité est le critère de la majorité et non d'une seule personne. Une méthode collective qui permet au groupe d'avoir très bonne conscience tout en étant passivement complice au lieu d'être actrice dans la prévention et la prise en charge de la personne en souffrance. Souffrance qui atteindra son paroxysme lorsque la victime comprendra que sa dignité et son intégrité seront banalement sacrifiées sur l'autel de la non remise en cause du fonctionnement du groupe.
Un déni qui va donc entraîner sa succession de traumatismes : pouvant aller de la dépression à l'acte irréparable du suicide, au lieu d'une prise de conscience permettant une prise en charge précoce de la personne et du groupe, et donc une résilience plus facile. Un déni pouvant même phagocyter la victime et la mettre en danger plus longtemps.
Combattre le harcèlement moral au travail, et les risques psychosociaux dans leur ensemble, c'est d'abord oser en parler, sortir du silence et pouvoir se dire afin de pouvoir agir ensemble et créer à terme une culture préventive efficace...
Sources : ouvrages MF HIRIGOYEN et A. BILHERAN
